Volker Thies

Volker Thies, artiste allemand, propose avec 
« Encore quelques instants! » une réflexion sur la société contemporaine dans laquelle il est immergé jusqu’à nous faire perdre les repères du quotidien au profit d’une lecture critique sous haute tension.
Car les oeuvres de Volker Thies concentrent dans ces montages les traces d’une société peut-être bien en voie de disparition. La quête photographique entreprise, si elle ne s’apparente pas complètement à une autopsie, cherche cependant à disséquer les maux dont souffre une civilisation aux valeurs délabrées, à révéler les symptômes d’une pathologie mal connue.  Artiste d’une génération antérieure, Peter Klasen, lui aussi peintre et photographe, s’est employé à créer des œuvres dans lesquelles la juxtaposition d’images sociétales a donné naissance à un mélange détonnant, montages destinés à produire chez le regardeur un malaise accentué par cette confrontation inédit  d’objets, corps, signes.

Inconscient visuel

C’est un autre paramètre qu’il faut prendre en considération dans le travail de Volker Thies. Pendant la durée de l’exposition sont organisées des lectures de l’écrivain Walter Benjamin. Cet éclairage ajoute un niveau de lecture aux oeuvres. Walter Benjamin qui s’est intéressé à la photographie nous dit :
« Elle, la photographie seule, nous renseigne sur cet inconscient visuel comme la psychanalyse nous renseigne sur l’inconscient pulsionnel ». Les montages photographiques de Volker Thies pourraient ainsi participer à une suggestion expérimentale susceptible de provoquer chez le regardeur une réflexion nouvelle jaillie de ce télescopage d’images sans que pour autant chacun soit nécessairement en mesure de verbaliser ce malaise, ces sensations. L’inconscient visuel évoqué par Walter Benjamin passerait alors chez le photographe par ce jeu de puzzle, de rébus incertain devant lequel nous nous retrouvons peut-être désemparés ou pour le moins décontenancés. Chaque montage photographique ne serait pas une fin en soi mais le point de départ d’une analyse de l’inconscient, celui d’une société et des  êtres humains qui la composent. Ces paramètres d’inquiétude, d’énigme, de perplexité contribuent à entretenir ce climat sous haute tension au sujet d’un monde dont on ne sait pas s’il court à sa perte.
La scène que crée Volker Thies dans chacun de ses photo-montages, si elle n’est pas perçue immédiatement  comme une scène de crime, y ressemble pourtant en mettant en situation les éléments d’une histoire encore indéterminée mais dont les traces présentes doivent nous permettre de reconstituer l’enchainement des évènements avec peut-être des fausses pistes, des trompe-l’œil. Le regardeur se retrouve désormais en position d’enquêteur pour tenter de retracer les modalités du drame supposé, d’en déterminer les mobiles, l’enchaînement des actes. Graffitis, papiers déchirés sur un mur, tags sur une affiche, tous ces indices, illisibles seuls, nous incitent à recomposer une histoire contemporaine indécise, incertaine mais dont l’issue fatale semble inéluctable.
Enquêteur ou médecin-légiste, le regardeur de ces montages photographiques n’échappe pas à ce climat de haute tension créé par Volker Thies.
« Il n’ y a pas de mains propres, il n’ y pas d’innocents, il n’ y a pas de spectateurs; nous nous salissons tous les mains dans la boue de notre terre, dans le vide de nos cerveaux. Tout spectateur est un lâche ou un traître » écrivait Franz Fanon.
Pour ne pas être seulement spectateur de ce monde en déliquescence, l’artiste nous invite à une réflexion incontournable sur cet inconscient visuel énoncé par Walter Benjamin.
Claude Guibert

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